Conscience Éducation · Le blog
Par Hina Dao · · Lecture 7 min
Votre enfant met un couvert de plus à table. Il parle, à voix haute, à quelqu'un que vous ne voyez pas. Il refuse tout net qu'on s'assoie « sur » son copain — celui qui, pour vous, occupe une chaise parfaitement vide. Et là, avouez-le, il y a ce petit pincement dans la poitrine : est-ce que c'est normal, ça ? Je vous rassure tout de suite, parce que je sais à quel point on tourne vite au drame quand il s'agit de nos enfants : dans l'immense majorité des cas, l'ami imaginaire de l'enfant est un signe de bonne santé psychique, pas d'un problème. Reste à comprendre ce qu'il raconte, cet ami invisible. Et surtout comment y répondre sans écraser votre enfant… ni entretenir le truc n'importe comment. C'est tout l'objet de ce billet.
Commençons par le rassurant. Une très large part des enfants entre 2 et 7 ans s'invente un compagnon imaginaire. Un paquet, croyez-moi. Et non, ce n'est pas le signe d'un enfant seul ou en souffrance — c'est plus souvent la marque d'une imagination qui déborde et d'une intelligence sociale en plein chantier. À travers cet ami, votre enfant s'entraîne : à la relation, au dialogue, à la négociation. Voyez ça comme un terrain d'exercice émotionnel, une salle de sport pour les sentiments, où il teste tout ce qui, dehors, lui coûterait cher. Rien de plus sain, à mes yeux.
Parce qu'il sert à quelque chose, ne vous y trompez pas. Rien n'est gratuit dans le jeu d'un enfant. Voici, selon moi, les grands rôles qu'il fait jouer à son compagnon (et il y en a un paquet !) :
En d'autres termes : ce petit personnage invisible fait un vrai travail. Le vôtre, d'une certaine manière, quand vous n'êtes pas dans la pièce.
Là, je vais être un peu cash, parce que je vois souvent les deux erreurs. La première : nier (« arrête, il n'existe pas, ton Nino »). La seconde, plus insidieuse : prendre toute la place dans le jeu, jusqu'à en devenir le metteur en scène. Ni l'un ni l'autre. La bonne posture, selon moi, c'est d'accueillir avec curiosité sans se substituer à votre enfant. Posez des questions ouvertes — « Il est comment, ton ami ? Qu'est-ce qu'il aime, qu'est-ce qui lui fait peur ? » — et vous seriez surprise de tout ce que ça vous apprend sur ce qu'il vit, lui. C'est exactement l'esprit de la parentalité consciente : écouter ce qui se dit derrière le jeu, plutôt que de vouloir le corriger.
Une limite, tout de même — parce que « accueillir » ne veut pas dire « tout permettre ». L'ami imaginaire ne doit pas devenir le passe-droit universel pour échapper à toutes les règles. « Je comprends que Nino ne veuille pas ranger. Toi, tu ranges quand même. » On respecte le jeu et le cadre. Les deux tiennent ensemble, faites-vous confiance là-dessus.
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Recevoir les 9 cours gratuits →« Mais alors, on ne s'inquiète jamais ? », me direz-vous. Hé bien… presque jamais. Dans l'immense majorité des cas, l'ami imaginaire s'en va tout seul vers 7-8 ans, sur la pointe des pieds, sans laisser de trace. Quelques signaux, néanmoins, méritent une attention plus fine : si le compagnon devient une source d'angoisse plutôt que de jeu, s'il « ordonne » des choses qui vous mettent mal à l'aise, ou s'il coupe complètement votre enfant du réel. Là, on écoute encore plus attentivement — sans dramatiser pour autant. Nuance importante, à mes yeux : un enfant qui joue avec son ami, et un enfant qui subit une présence, ce n'est pas la même histoire.
Et j'en arrive à ce qui me tient particulièrement à cœur. Parfois — rarement, mais parfois —, ce que l'enfant décrit ne ressemble pas tout à fait à un ami inventé. Une présence précise. Récurrente. Qu'il n'a « pas choisie », qu'il n'a pas fabriquée dans sa tête. Honnêtement ? Je ne prétends pas trancher ce que c'est. Je n'ai aucune preuve, et il serait présomptueux de vous en donner. Mais c'est ce trouble de la frontière — entre l'imaginaire et… autre chose — que je raconte dans mon livre Le Monsieur dans le Couloir. Si votre enfant vous a déjà mise face à l'inexplicable, croyez-moi : vous n'êtes pas seule. On en reparlera sûrement, ce billet est déjà bien assez dense. En attendant, pour le quotidien, allez jeter un œil au guide complet de la parentalité consciente ;)
Pour continuer à explorer et accompagner votre enfant.
Qui écrit ?
Je suis Hina Dao, mère, autrice de Le Monsieur dans le Couloir (avant-propos critique de Jérémy, ingénieur dans l’industrie nucléaire). J'accompagne plus de 300 familles et je partage la parentalité consciente avec une communauté de plus de 110 000 parents. J'écris à partir de ce que j'ai vécu.
Quand consulter
Des nuits qui ne s’arrangent pas, des angoisses qui prennent toute la place, un enfant qui vous dit entendre des voix, ou simplement une inquiétude qui vous suit : parlez-en d’abord à un professionnel de santé — votre médecin, un pédiatre, un psychologue. Ce que vous lisez ici ne remplace ni un avis ni un diagnostic. Et les deux ne s’opposent pas : on peut faire examiner ce qui doit l’être et continuer d’écouter ce que votre enfant décrit.
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