Accueillir les émotions de son enfant : colère, tristesse, peur

Conscience Éducation · Le blog

Accueillir les émotions de l'enfant : colère, tristesse, peur (sans tout laisser passer)

Par Hina Dao · · Lecture 6 min

« Arrête de pleurer », « ce n'est rien », « calme-toi ». Soyons honnêtes deux secondes : ces phrases, je les ai dites. Vous aussi, j'en suis à peu près sûre. On les sort avec la meilleure intention du monde — apaiser vite, éteindre l'incendie avant qu'il gagne le supermarché entier. Sauf que, sans le vouloir, on envoie à l'enfant un message qu'on ne mesure pas : ce que tu ressens n'est pas légitime. Accueillir les émotions de l'enfant, c'est faire exactement l'inverse. Et non, rassurez-vous, ça ne veut absolument pas dire tout permettre. On va y venir.

Petite précision avant d'entrer dans le vif : je ne vous écris pas ça du haut d'une chaire, avec le diplôme de la mère parfaite épinglé au mur. J'apprends en même temps que vous, dans ce que je vis au quotidien, avec mes ratés et mes soirs où je n'ai plus rien dans le réservoir. Voyez ce billet comme un journal de bord, pas comme un cours magistral ;)

Une émotion n'est pas un caprice

La colère, la tristesse, la peur ne sont pas des comportements à corriger. Ce sont des signaux. Derrière chaque débordement, il y a un besoin qui frappe à la porte — de sécurité, de repos, de lien, d'autonomie. L'enfant, lui, n'a pas encore les mots ni le cerveau assez mûr pour vous dire calmement « écoute maman, là je suis épuisé et j'ai besoin qu'on me rassure ». Alors il le dit avec ce qu'il a : le corps, les cris, le sol du magasin.

Imaginez un instant qu'on vous coupe la parole à chaque fois que vous êtes en colère, en vous répétant « c'est rien, calme-toi ». Vous vous sentiriez entendue, vous ? Moi pas. Un débordement, ce n'est pas votre enfant qui vous manipule. C'est votre enfant qui déborde, littéralement. Nuance énorme.

Accueillir les émotions ≠ céder (je vais être cash)

Je vais être cash, parce que c'est LE malentendu qui fait fuir la moitié des parents : accueillir une émotion, ce n'est pas renoncer au cadre. Ça n'a jamais voulu dire ça. Vous pouvez tout à fait dire, très calmement : « Tu as le droit d'être en colère de ne pas avoir de bonbon. Et le bonbon, c'est non. » L'émotion est accueillie ; la limite, elle, ne bouge pas d'un millimètre. Les deux tiennent ensemble, en même temps. C'est exactement là qu'agit la parentalité consciente : reconnaître ce que ressent l'enfant sans le laisser réécrire la règle à votre place.

Un cadre solide et un cœur ouvert, ce n'est pas contradictoire, me direz-vous… si, justement, on nous a longtemps fait croire qu'il fallait choisir : soit sévère, soit laxiste. Hé bien non. On peut être ferme sur le « non » et tendre sur le « je vois que ça te met en colère ». C'est même, selon moi, tout l'enjeu.

Ma méthode en 3 temps pour accueillir les émotions

Alors concrètement, on fait quoi quand ça explose ? Voici les trois temps sur lesquels je m'appuie. Ce n'est pas une recette magique — rien ne l'est en parentalité — mais ça a le mérite d'être simple à retenir quand le cerveau est déjà en surchauffe (le vôtre autant que le sien).

  1. Se réguler soi d'abord. Une respiration avant de répondre. Une seule, mais une vraie. Votre calme est contagieux… votre tension aussi, malheureusement. (Et croyez-moi, je sais à quel point c'est la marche la plus dure quand on est à cran.)
  2. Nommer l'émotion. « Tu es déçu », « tu as eu peur ». Mettre un mot dessus, ça désamorce l'intensité — c'est presque magique de voir un enfant se détendre juste parce qu'on a nommé ce qui le traverse.
  3. Accompagner la traversée. Rester présent pendant que ça passe, au lieu de vouloir arrêter les pleurs à tout prix. On ne stoppe pas une vague ; on la traverse. Elle retombe toute seule, toujours. Il faut juste tenir jusque-là.

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Et quand l'émotion vous déborde, vous ?

Voilà le vrai sujet. Celui dont on parle beaucoup moins. Un enfant qui hurle vient souvent réveiller quelque chose de très ancien en nous — une vieille corde qu'on croyait bien rangée, et qui se remet à vibrer sans prévenir (parfois avec une petite douleur dans la poitrine, physiquement). Ce n'est pas votre enfant, à cet instant, qui vous met hors de vous. C'est votre propre histoire qui remonte.

Je ne compte plus les parents qui me disent : « Hina, je me suis vu(e) réagir comme mes propres parents, et je me suis détesté(e). » Rassurez-vous, ça ne fait pas de vous un mauvais parent. Ça fait de vous quelqu'un de normal, avec un passé. Repérer vos propres déclencheurs, c'est précisément ce qui vous permettra, petit à petit, de ne plus réagir en miroir. Ce n'est pas magique, ça se travaille — mais ça se travaille vraiment.

Ce billet est déjà bien assez dense pour aujourd'hui, et le sujet « et vous, parent ? » mériterait un article entier à lui seul (je vous le garde pour une prochaine fois). En attendant, si vous voulez creuser tout ça calmement, allez jeter un œil au guide complet de la parentalité consciente. Vous n'êtes pas seule sur ce chemin ;)

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Qui écrit ?

Je suis Hina Dao, mère, autrice de Le Monsieur dans le Couloir (avant-propos critique de Jérémy, ingénieur dans l’industrie nucléaire). J'accompagne plus de 300 familles et je partage la parentalité consciente avec une communauté de plus de 110 000 parents. J'écris à partir de ce que j'ai vécu.

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Des nuits qui ne s’arrangent pas, des angoisses qui prennent toute la place, un enfant qui vous dit entendre des voix, ou simplement une inquiétude qui vous suit : parlez-en d’abord à un professionnel de santé — votre médecin, un pédiatre, un psychologue. Ce que vous lisez ici ne remplace ni un avis ni un diagnostic. Et les deux ne s’opposent pas : on peut faire examiner ce qui doit l’être et continuer d’écouter ce que votre enfant décrit.